Hugo Ringer

Karl Hugo Ringer est né un 27 janvier 1880 en Pologne allemande.

Au début de la Guerre, il travaille à Amiens. Il fuit la vindicte populaire jusqu'à Paris où il se rend à la Préfecture de police. Interdit de quitter le territoire, il est d'abord transféré à la Ferté-Macé, noeud principal de triage de l'ouest de la France. Au bout de 3 semaines d'attente, il est ensuite dirigé vers Saint-Brieuc d'où il rejoindra à pied l'usine du Jouguet. Là, avec 500 compagnons d'infortune, il allait séjourner 3 ans durant. Souffrant de la tuberculose, il est finalement évacué vers la Suisse puis l'Allemagne le 29 octobre 1917.

Karl Hugo Ringer commence la rédaction de son cahier journal dès le 7 septembre 1914 à son arrivée à l'usine du Jouguet et le continue jusqu'au printemps 1916, date de sa première hospitalisation. Il nous offre un regard différent sur la Grande Guerre, celui des prisonniers allemands sur le sol français...

En gare de Saint-Lazare

« Quelle bousculade ! A peu près trois à quatre cents personnes y étaient réunies, de toutes nationalités, de toutes professions, de tous âges et de tous sexes. [...] A côté d’un monsieur d’élégante prestance se trouvaient l’artisan, l’employé de bureau, l’ouvrier dans ses habits simples, et l’aventurier côtoyait la dame noble, la bourgeoise, la femme de bureau et la petite fille dans sa jupe en soie qui venait de se réveiller dans la lumière des lampes. Ici, nous étions tous égaux.
[...] Après une certaine attente, nous fûmes tous embarqués, toujours sur la base de quarante personnes par wagon à bestiaux, sans la moindre possibilité de s’asseoir. Certes on n’avait pas le droit de faire la moindre objection concernant les wagons puisque nous vivions dans un contexte de guerre. Mais le fait qu’on ne se donna même pas la peine, pendant ce trajet de plusieurs heures, de rechercher des possibilités de faire asseoir les personnes transportées constitue une vraie barbarie, indigne d’une nation qui veut toujours se considérer comme la première. »

 

 

Vers Saint-Brieuc

« A dix heures du matin, nous quittâmes le séminaire pour nous rendre à nouveau à la gare. [...] 
Enfin quelques heures après le lever du jour, nous arrivâmes au terme de notre voyage. Le train entra en gare de Saint-Brieuc. Nous fûmes réceptionnés par les militaires et quittâmes le train épuisés et contusionnés.
Vingt-quatre heures dans des wagons à bestiaux, sans nourriture, sans possibilité de s’asseoir au moins pendant une minute, ô quel beau voyage ! ô quelle belle France, humaine, qui traite de cette façon les hommes qui se sont confiés à elle. Ici, à Saint-Brieuc, se trouvait aussi un poste de la Croix Rouge. Des bonnes sœurs distribuaient à chacun du pain, du lait, du bouillon, du cidre, etc. et après un repas bref mais très apprécié, on continua à pied en suivant de bonnes routes à travers une très belle région, traversant des villages et des petites fermes en direction du lieu de notre destination. »

Le Jouguet !

« Après une marche d’une heure et demi environ, nous arrivâmes : l’usine du Jouguet s’ouvrait devant nous derrière un portail d’entrée en fer forgé. [...] C’était vraiment une belle propriété. Cette impression tout à fait chaleureuse fut malheureusement très vite perturbée. Plusieurs se demandaient déjà anxieusement où et comment nous allions habiter ici. Et, déjà, on nous appelait. 

   Chacun eut à nouveau ses bras rempli de paille. Les femmes furent conduites de l’autre côté du ruisseau et nous, les hommes, dans le bâtiment principal. Ô malheur ! Quel aspect il nous présentait ! C’est ici que nous devions habiter et dormir ! Tout le hall était rempli de machines. Entre celles-ci, on voulait que l’on installe notre gîte. Une nouvelle fois, il n’y avait ni couvertures, ni matelas. Je n’ai encore jamais été dans un pénitencier mais il faut croire que n’importe quel délinquant y serait mieux installé. Il a sa pièce propre, il a son lit et tout ce qu’il faut avec. Il a son ordre et sa propreté. Et nous, qu’avions nous ? Un hall rempli de vieilles machines, sales et rouillées, pleines de poussière, pleines de saletés. Partout des araignées et d’autres insectes. Et pas seulement ça. On nous traita dès lors aussi comme de dangereux délinquants. En effet, nous étions maintenant prisonniers. A peine le dernier homme fut-il rentré que, déjà, la porte fut refermée. »

Dans la grande salle

« Le soir est venu. Visiter la salle pendant la journée n’est pas tellement recommandable [...].Le soir pourtant, le travail a cessé. A tous les emplacements, les lumières s’allument. Des lampes de toutes sortes, souvent munies d’abat-jour très jolis, ou, plus modestement, des petites bougies. Chacun se débrouille selon ses possibilités. Sur ce qu’on appelle « le boulevard des étrangers » – il s’agit du large couloir central – se promène la foule, dans tous les sens, parlant politique, philosophant ou faisant un tas de bêtises. Autour des poêles se sont regroupés ceux qui ont toujours froid ou ceux qui veulent se préparer quelque chose de chaud. Dans les couloirs latéraux, [...] se trouvent des petits groupes jouant aux échecs, aux dames ou aux cartes. [...]Tout près, notre journaliste a réuni ses amis, il a joint à sa fabrique de cigarettes un bar américain où on peut boire du rhum, du cognac, du vin chaud ou du punch. Certes, la vente d’alcool dans la salle est interdite… [...]Brusquement, les rires prennent fin et on entend un chant. C’est la chorale qui donne une sérénade. Entre les chants, on entend le son d’un accordéon accompagné d’un violon et d’une râpe, le tout formant un concert qui n’est pas toujours très harmonieux.  Dans un autre coin s’agite le club des athlètes, faisant des exercices ou travaillant sur toute une série de poids métalliques. Et au milieu de tout ce monde se promènent les deux sentinelles, discutant et prenant, ici et là, un verre de vin ou une cigarette. »  

Le printemps au Jouguet

« Le mois dernier n’a pas apporté beaucoup de nouveau mais ici, presque tout est devenu différent. La nature se réveille pour une nouvelle vie : le printemps est arrivé ! Comment le printemps réussit-il à s’épanouir ici ? Avec quelle joie on observe, après cette longue captivité, la croissance et le fleurissement de la nature et avec quelle joie l’oreille écoute le chant d’amour des merles et les sons doux de la grive ! Ô oui, il vient, il vient, ce printemps qu’on a espéré si longtemps ! [...] Oui, c’est le printemps, riant et fluorescent et, dans cette joie de la nature, les peuples se préparent à un nouveau combat sanglant, afin de tremper le sol, par des batailles meurtrières, du sang de leur fils innocents.
Ô cette guerre ! Quand prendra-t-elle fin ? Y aura-t-il réellement un jour où la guerre cessera d’exister ? Il est dit  que la terre a assez de place pour tout le monde. Quand les nations vont-elles comprendre et accepter cette vérité ? Quand les nobles vont-ils cesser de faire régner leur ambition et les riches leur cupidité et cesser d’agir contre nature, contre cette nature dont la seule visée est d’habiller l’univers dans une harmonie parfaite ? »

L'emprunt de la Défense nationale

La Première Guerre mondiale fut une guerre sans précédent dans l'histoire de l'humanité. L'usage de nouveaux types d'armements, plus destructeurs, causa la mort de milliers de morts, mais engendra également des dépenses colossales pour les états.

C'est pour faire face à ces dépenses que furent entre autres créés les emprunts nationaux. Ce système incitait les civils à donner de l'argent pour soutenir l'effort de guerre et était renouvelé chaque année durant le conflit.

Afin de toucher un maximum de français, les campagnes d'affiches de propagande se multiplient. Le devoir, le patriotisme, la solidarité, mais aussi l'amour, l'empathie, voire la culpabilité sont autant de valeurs mises en avant sur ces affiches. De nombreux symboles aident à étayer ce message, tel les enfants, très utilisés, le coq français, le poilu, le laurier ou l'olivier.

Toutes les affiches suivantes ont été éditées durant la Première Guerre mondiale. Elles se rattachent aux divers emprunts et sont l'oeuvre de plusieurs artistes, avec chacun sa vision du patriotisme.

L'emprunt de la Défense nationale

Témoigner du quotidien

Dès 1914, les instituteurs ont rédigé des notices communales. Une démarche initiée par le Ministère de l'Instruction publique qui voulait ainsi laisser une trace des événements liés à la guerre et les préserver de l'oubli. Les Archives départementales des Côtes d'Armor conservent un fonds de 70 notices, qui proviennent principalement des circonscriptions de Dinan et de Guingamp. Sur quelques feuillets ou des piles de cahiers, ces notices évoquent l'administration de la commune, la vie économique ou l'ordre public. Un témoignage unique sur l'histoire des communes du département. Quelques extraits des notices des communes de Bréhat, Quintin, Plouguenast et Languenan vous sont livrés dans ces pages. Vous pouvez consulter l'intégralité de ce fonds sur le site des Archives départementales.

Quintin

"Fabrique de sabots

Au début de 1914, Mr Keromès marchand de bois et de sabots à Quintin installa une saboterie mécanique. Mis en sursis pour faire des sabots puis enfin réformé il donna un grand développement à son industrie. De 1915 à 1919 il a constament employé un -une ?- quinzaine d'hommes ou de jeunes gens et une vingtaine de femmes. Cette industrie serait parait-il d'un très grand rapport : un bon ouvrier, connaissant bien son métier, pourrait gagner de 7 à 800 f par mois

Quintin - notes communales d'histoire locale"

 

Plouguenast

"Noël et le premier de l'an se sont passés ici bien tristement. On n'ose plus interroger personne. Heureusement que les allocations sont largement distribuées. Quelle différence de moral à côté de celui de nos populations bretonnes du pays de Tréguier. [...]

Plouguenast, janvier 1918"

 

Languenan

"Guerre de 1914-1918 - Notes

La paix est enfin signée. Pourvu que la démobilisation soit activement poursuivie, car un mécontentement toujours grandissant se remarque chez les paysans qui ne comprennent pas pourquoi on ne leur rend pas immédiatement ceux des leurs qui restent.

Les cultivateurs deviennent de plus en plus égoïstes et se refusent à vendre les produits de leurs fermes si on ne veut pas donner le prix fixé par eux.

Languenan, Juin 1919"

 

Bréhat

"Guerre de 1914-1918 - Notes

Le tocsin sonne - 16h - roulement de tambours - un gendarme apporte à la mairie la nouvelle de la mobilisation - foule sur la place du bourg - lecture des affiches - grande émotion - les hommes, le visage assombri disent : "a ça y est. il fallait en arriver là. on fera son devoir". Quelques femmes pleurent, mais pas de récriminations, elle sont résignées. Tout le monde est prêt au sacrifice pour la patrie.

Bréhat, 2 août 1914"